mardi, 26 décembre 2006
Lettre à n’ouvrir qu’à la dernière nuit de l’An .
Je ne passerai pas ce réveillon près de toi.
Alors, à la faveur de la tradition des vœux, et puisque la bande des impromptus me tend la perche, j’aimerais que mes mots écrits rejoignent cette nuit tes lèvres, sous le gui …
Je te laisse donc, glissée chez eux, cette lettre, comme une bouteille à la mer, d’Elvire l’archet virtuel résonnant dans la dernière nuit de l’année morte, ouvrant les portes de l’année neuve …
Y-aura-t-il sept portes, pour ouvrir cette année en sept ?
Sept, est premier, fin d’un cycle et début d’un nouveau,
Chargé de symboles, arc en ciel, jours de la semaine, astres errants, création du monde, églises et merveilles…
Laisse-moi, bêtement, le prendre comme un signe, moi qui ne crois pas aux signes, moi, qui ne crois en rien …
Laisse-moi juste faire ce rêve là :
Qu’au long des eaux où j’ai navigué cette année morte désormais,
De la source à l’océan,
Qu’au long du fleuve, cette année nouvelle nous permette,
A la source, de plonger nos visages.
Que nos terres éloignées,
En poignées dans nos mains
Les terres froides, les terres de sable,
Demain en terreau se mêlent.
Que le feu qui nous vit naître
D’étincelles en brasier
S’alimente, nuit après nuit
De fagots renouvelés
D’odeurs de pin, de bois flambé
A réchauffer nos mains resserrées.
Que l’air du large
Chargé d’iode et d’embruns
Nous accompagne en partage
Jusqu’à l’air saturé, cristallin
Des montagnes là-bas
Et emplir nos poumons, neufs.
D’ici là, ferme les yeux, c’est bientôt demain, et je suis si près de toi …
Pour les impromptus littéraires : Thème et contrainte : Souhaits pour 2007 sous forme d'une lettre adressée à un être cher. Eau, terre, feu et air. Ces 4 mots devront apparaître dans votre texte.
10:10 Publié dans la couleur de l'absence... | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, poesie
dimanche, 24 décembre 2006
Veillée de Noël
Ce matin, vous aurez depuis longtemps déjà choisi la bûche de la veillée de Noël…
Au solstice d’hiver à peine dépassé, dans l’âtre vous rallumerez le soleil de vos jeunes étés.
Le sol du jardin était encore dur et blanc de gel et toute la maisonnée assoupie lorsque, avant l’aube, vous avez coupé la vieille souche du pommier abandonné par les ans.
C’est cette souche qui fera la bûche de cette veillée.
Elle repose désormais sur le plancher, au long de la grande cheminée. Elle sent encore la terre et la nuit, et sur le sol, elle laisse glisser quelques mousses jaunies.
Par tradition, vous l’avez saupoudrée d’une pincée de sel, comme sur la queue de l’oiseau : pour l’attraper.
Ce soir, elle brûlera toute la nuit.
Ce soir, vous mettrez vos mains au feu pour retourner la bûche que nul fer ne doit toucher.
Ce soir, vous serez peut-être seul, mais la bûche dans l’âtre brûlera lentement ; doucement se consumera, toute la nuit et peut-être même jusqu’au nouvel an pour tous les passants, pour tous les rêveurs, pour tous les inconnus surpris au détour d’une route …
Joyeux Noël à tous, les proches et les lointains …
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vendredi, 22 décembre 2006
Phare en veilleuse
Dans les vents d’hiver, au solstice, au cœur de la nuit, froide, les pans de glace sur les verres du phare comme un éteignoir.
La lumière baisse.
Le phare est en veilleuse.
D’Ouest en Est, je rejoins mes terres de neige et de montagnes.
En rythme ralenti, je viendrai peut-être de loin en loin, vous souhaiter un bon Noël, ou vous parler d’altitude…
En début d’année, les fêtes oubliées, le phare repassera en pleine lumière …
09:45 Publié dans la couleur de l'absence... | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poésie
jeudi, 21 décembre 2006
Rive droite, rive gauche
Toute la journée, je cours
Rive droite, rive gauche
Je passe et repasse la Maine.
.
Même mollement débordante, la rivière qui se voudrait fleuve
Comme la grenouille bœuf
Se franchit aisément
Un tour de voiture comme un tour de manège
.
Rive gauche rive droite
Au long du fleuve tourmenté
J’entame une longue traversée
Pas de pont, pas de barque
Pied à pied contre le courant qui m’emporte
.
Demain, je passe rive droite
Juste : éviter les récifs, les cascades, les trous d’eau
Me laisser porter
Les yeux rivés là-haut
Le regard au loin par-delà l’horizon…
00:10 Publié dans Gris clair | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poésie
mercredi, 20 décembre 2006
Décembre bleu.
Les lumières de la ville trop blanches
Une nuit au centre du chaudron
Les yeux secs et brûlants
Une hyperacousie
Les sons distordus : des cris
Ces femmes et ces hommes qui pleurent, chaque jour
Mes mains sur mes oreilles
.
Ne plus voir et ne plus entendre
Fermer les écoutilles
Par dessus bord, jeter les instruments
A l’eau boussoles et cadrans.
.
J’ai peur d’avoir envie du moment où
A l’abandon
Je finirai par t’entraîner
Là-bas
Dans la profondeur du bonheur
Où je n’entends plus rien
Où je n’ai plus qu’un mot, un seul.
Où le silence est bleu
Et la lumière d’opale…
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mardi, 19 décembre 2006
Befana
Sur les cours et les venelles, nous avions refermé les portes de notre vieille maison.
Dans la cuisine, mijotaient les volailles et sur la table attendaient déjà les antipasti.
Dans la grande salle à manger, la table de fête était dressée, de blanc et d’or, comme chaque année.
La nona assoupie dans son grand fauteuil de velours sombre était au centre de la famille.
Le même rituel, année après année, chaque nuit du 5 janvier.
C’est Chiara, du haut de ses quatre ans qui a apporté le renouveau. La sonnette de la porte d’entrée ayant retenti, Chiara s’était précipitée. Et voilà qu’elle hurlait désormais : c’est la Befana, « Mamma, è la Befana ! »
Et en effet, derrière Chiara, petite et sombre, sale et courbée, se profilait une sorte de sorcière. Vêtements maculés, déchirés, et une odeur des rues, une odeur de vieille femme et d’oignons pourris.
« Si vous voulez » piaillait la vieille, « si vous voulez j’suis la Befana, mais là, fait froid dehors, et puis, j’ai la dalle, moi, gentes dames » !
J’ai reconnu la vieille clocharde du quartier du château, ce même château que l’on trouve à Angers…
« Nous voici donc avec une invitée inopportune » râlait nona, derrière ses vieilles dents…
« Nona, tu le sais, nono voulait toujours qu’il y ait ici une place à table pour le mendiant, une assiette de plus, l’assiette et la place sont là, nona, et ce soir, la befana se joindra donc à nous… »
Ce fut une nuit de l’épiphanie particulière, les enfants dinèrent avec la befana, personne n’eut de morceau de charbon, dans la maison, il faisait doux, et je ne l’ai jamais oublié …
.
Pour les impromptus littéraires
00:05 Publié dans Outremer | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : écriture
lundi, 18 décembre 2006
Comment n’as-tu pas peur ?
La peau d’éléphant qui recouvre mon cœur
Par endroit en crevasses se fend
Laisse échapper les mots
Ensevelis par des années de squames.
.
Comment n’as-tu pas peur d’ainsi marcher à mes côtés au bord du précipice ?
J’ai le vertige parfois
Et la tête à plonger
Au fond du gouffre tâter enfin du néant
Ridicule qui nous attend là-bas.
.
Comment n’as-tu pas peur d’ainsi contempler les peurs qui me rongent ?
Les oiseaux dans la cave
Et les rats sur le toit
Le vieil homme de la rue Noire
Et les stigmates de l’exil.
.
Tu attends l’éclaircie, le soleil et le sel qui soignent la peau, les chalets de montagne, les chemins de halage, les vagues à l’océan, et les nuits de silence serein, tendu comme un ciel de lit.
00:00 Publié dans gris foncé | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poésie
dimanche, 17 décembre 2006
Mange ta main et garde l’autre pour demain !
Je crois bien que j’ai attrapé un coup de soleil
Non, c’est vrai, tout ce rouge tout autour de moi, je ne peux pas m’empêcher de mettre partout du rouge. Le soleil a du me monter à la tête.
Tiens, j’ai la tête à l’envers, j’ai sans doute encore rêvé d’elle.
Cette petite fille en rouge qui peut me dire qui elle est vraiment ?
Je ne sais plus, mon pinceau file seul, c’est mon cerveau qui déraille, elle s’impose à moi, la petite, je n’y peux rien, j’ai la calebasse en ébullition, si ce n’est pas un coup de soleil, c’est un coup de lune.
Elle est partout, la petite brune avec sa robe rouge, dans des fauteuils rouges, des rêves rouges, des rideaux rouges. Je suis le loup. J’ai bien peur d’être le loup, à moins que je ne sois le chaperon…
La petite a dévissé son pied. C’est aussi logique que de dévisser sa tête pour mieux voir autour de soi. La petite a dévissé son pied pour mieux pouvoir le contempler.
Personne ne saura mieux la dévorer.
Elle se dévore elle-même, vorace, prend les devants, la vie, elle la connait, d’avance.
Reste à savoir, qui est caché ainsi derrière sa porte, qui est le loup piteux qui la verra ainsi manger son pied, et garder l’autre pour demain. Puisqu’elle a faim.
Reste à savoir, ce qu’elle fait là, cette petite, dans ce fauteuil, à me narguer ?
Reste à savoir qui je suis, moi, dans cette histoire ? Le peintre ou le narrateur, le loup où la fillette ? Le meurtrier ou la victime ? Il manque le rouge du sang : son pied de peinture ne saigne pas. Je vais rajouter un peu de rouge.
Pour paroles plurielles
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samedi, 16 décembre 2006
Quand j’étais laide.
que tu ne m’aimais plus, c’était hier et
je m’en souviens si bien…
(Ecoute, souviens-toi)
J’ai coupé mes cheveux, mis des dentelles.
Des bas et des jarretelles,
des corbeilles roses et noires.
Et toi, tu n’as rien vu.
(Je mens, là, je sais que tu l’as vu)
Les dentelles et les bas
Ce n’était que falbalas
des dentelles apposées,
rouge comme le clown, son nez
dans le ridicule, je me suis enfoncée.
Quand j’étais laide
que tu ne m’aimais plus, c’était hier et
je m’en souviens si bien
Un jour sur le plancher, je me suis étendue.
Bien sûr, tu n’es jamais venu.
J’ai fini par comprendre combien j’étais laide
De n’être pas désirée, pas désirable.
(J’ai renoncé)
Et puis, le temps, sans doute
le temps des regrets et des doutes
les vieux souvenirs qui affleurent,
la fin des illusions, les derniers combats…
Quand j’étais laide
que tu ne m’aimais plus, c’était hier et
je m’en souviens si bien…
Qui de nous deux s’est enfui de l’autre ?
La belle question suspendue, à jamais sans réponse.
Aujourd’hui, je suis belle et tu croyais revenir
Tu pleures ?
C’est une chanson trop mélo, il lui manque la bassesse et la honte, il lui manque l’humiliation et le goût amer du ridicule.
Merci à Jean Pol pour le refrain, Joye, tu nous la chantes ?
Joye vous la chante, c'est là :
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vendredi, 15 décembre 2006
Bourdon
Au loin, c’est le bourdon qui pleure de sa voix de basse
Etouffée par la brume d’hiver au souffle de glace …
Au loin, c’est le bourdon qui pleure.
Dans le plat paysage ses échos se prolongent, infinis, à demeure.
Mes yeux dans le brouillard ont perdu les faîtages comme leurs ombres
Mes mains en déshérence caressent une branche humide et sombre,
Dénudée.
C’est un clocher.
Un clocher au bourdon fêlé.
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