mercredi, 20 décembre 2006
Décembre bleu.
Les lumières de la ville trop blanches
Une nuit au centre du chaudron
Les yeux secs et brûlants
Une hyperacousie
Les sons distordus : des cris
Ces femmes et ces hommes qui pleurent, chaque jour
Mes mains sur mes oreilles
.
Ne plus voir et ne plus entendre
Fermer les écoutilles
Par dessus bord, jeter les instruments
A l’eau boussoles et cadrans.
.
J’ai peur d’avoir envie du moment où
A l’abandon
Je finirai par t’entraîner
Là-bas
Dans la profondeur du bonheur
Où je n’entends plus rien
Où je n’ai plus qu’un mot, un seul.
Où le silence est bleu
Et la lumière d’opale…
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mardi, 19 décembre 2006
Befana
Sur les cours et les venelles, nous avions refermé les portes de notre vieille maison.
Dans la cuisine, mijotaient les volailles et sur la table attendaient déjà les antipasti.
Dans la grande salle à manger, la table de fête était dressée, de blanc et d’or, comme chaque année.
La nona assoupie dans son grand fauteuil de velours sombre était au centre de la famille.
Le même rituel, année après année, chaque nuit du 5 janvier.
C’est Chiara, du haut de ses quatre ans qui a apporté le renouveau. La sonnette de la porte d’entrée ayant retenti, Chiara s’était précipitée. Et voilà qu’elle hurlait désormais : c’est la Befana, « Mamma, è la Befana ! »
Et en effet, derrière Chiara, petite et sombre, sale et courbée, se profilait une sorte de sorcière. Vêtements maculés, déchirés, et une odeur des rues, une odeur de vieille femme et d’oignons pourris.
« Si vous voulez » piaillait la vieille, « si vous voulez j’suis la Befana, mais là, fait froid dehors, et puis, j’ai la dalle, moi, gentes dames » !
J’ai reconnu la vieille clocharde du quartier du château, ce même château que l’on trouve à Angers…
« Nous voici donc avec une invitée inopportune » râlait nona, derrière ses vieilles dents…
« Nona, tu le sais, nono voulait toujours qu’il y ait ici une place à table pour le mendiant, une assiette de plus, l’assiette et la place sont là, nona, et ce soir, la befana se joindra donc à nous… »
Ce fut une nuit de l’épiphanie particulière, les enfants dinèrent avec la befana, personne n’eut de morceau de charbon, dans la maison, il faisait doux, et je ne l’ai jamais oublié …
.
Pour les impromptus littéraires
00:05 Publié dans Outremer | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : écriture
mercredi, 06 décembre 2006
Le jour du merle d’Amérique.
Soleil d’avent et comme la tendre fatigue arrondit mes angles, et comme le chocolat libère ses arômes, je pose ma tête au creux de mes bras, laine grisée, douce et bouclée et je ferme les yeux.
Bulle.
Eclats irisés.
La trace d’une bulle.
Un reflet.
Le jour où les merles d’Amérique reviennent se poser sur l’érable là-bas, en Iowa.
La trace de milliers de bulles.
Toutes ces journées où, partout dans le monde, reviennent les merles d’Amérique…
A Joye ...
12:35 Publié dans Outremer | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poésie
samedi, 02 décembre 2006
Hêtre tortillard
Je suis tortillard comme un omnibus, un de ces trains de campagne, une vieille micheline rouge pâle qui serpente en transversale, d’est en ouest, au long des rivières sauvages qui creusent les falaises.
Je suis tortillard comme l’est la vie : hêtre tortillard.
Démarrer, s’arrêter, revenir, retourner, contourner, chantourner, louvoyer, à chaque incident, à chaque blessure, à chaque morsure, un coude, un virage et repartir.
Mais je vise les cieux.
De nœud en nœud, de boucle en boucle, je vise les cieux.
Et je grimpe.
Tortillard, mis à nu, des feuilles de printemps, j’en aurai dessus dessous et des oiseaux affolants et des soleils caressants.
Simplement, parce que je vise les cieux.
17:30 Publié dans Outremer | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, poesie
vendredi, 01 décembre 2006
C’est là que nous irons.
C’est là que nous irons contempler pas à pas l’avancée des digitales roses.
L’automne sera loin alors, et les colchiques oubliés, viendra le temps de l’amour digitale et nous prierons pour ne pas qu’il s’empoisonne. Il ne faudra pas cueillir cette fleur ci, simplement, de nos doigts aériens, de nos souffles, l’effleurer.
C’est là que nous irons, effeuiller les marguerites comme des enfants à nouveau, comme des enfants surpris.
C’est là que nous irons, ensemble, saisir l’épi sauvage de nos mains, jouer à poule ou coq ; sous nos cous, glisser le bouton d’or, ensemble aimer le beurre.
C’est là que nous irons, enfants devenus rois, nous asseoir côte à côte sur les pierres sèches qui surveillent les hauts sapins sombres, offrir au soleil tendre nos corps apaisés.
C’est là que nous irons faire silence, tu sais, ces grands silences si pleins où coulent nos vies où vivent nos espoirs, nos rêves, nos désirs…
Je sais que tu viendras, je sais nos journées pleines à regarder passer le temps, nos jambes dépliées et nos bras reposés.
Je sais que c’est demain et que déjà, les mots nouveaux affleurent, bourgeonnent dans les gangues de brouillard des hivers débutants.
Je sais que rien n’est mort, que ce ne sont que faux-semblants, que bientôt, que demain …
C’est là que nous irons, sur le fil du temps, balbutiants et fragiles et tellement confiants, juste pour un instant, une seconde suspendue à regarder filer nos vies, nos rires, nos envies…
C’est là que nous irons, oui, c’est là.
Pour paroles plurielles, consigne 35.
15:00 Publié dans Outremer | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
mercredi, 22 novembre 2006
Demain sera sûrement …
Demain sera sûrement un jour d’anniversaire ; un de ces jours à marquer d’une pierre blanche, un de ceux dont on aime à se souvenir, comme d’un petit caillou de bonheur recueilli au fil de l’eau, accueilli au creux d’une paume…
.
Aujourd’hui, un doux soleil d’automne caresse mon épaule
Au travers des fenêtres.
Un chaud soleil d’automne indien,
Un de ceux, bête et joli
Des lendemains qui chantent
Un rayon de soleil comme un passage,
De gué à gué
Des ailes m’ont poussé
Des ailes d’ange divine :
Il y a tant de petits bonheurs
Et tant d’amour à partager
Tant de plaisir
En fruits confits et papillotes de sucre :
.
Demain sera sûrement un jour d’anniversaire…
00:45 Publié dans Outremer | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, poesie
lundi, 20 novembre 2006
Lâcher-prise
La pluie en lourds paquets lessive les volets
A trois heures ce matin
Sous l’œil ironique des chiffres rouges du réveil
Dans cette chambre noire
Lâcher-prise
Basculer
Je n’ai plus peur de rien
Je slamme
Portée d’un bout à l’autre de la fosse par des centaines de bras
En confiance
Dis moi encore ce qui est possible autrement, tous ces possibles
Tout ce que les autrement contiennent
Et les barrières qui tombent
Et les murs qui s’écroulent
Accepter le vertige et les genoux qui flanchent
Regarder le vide immense et tout ce bleu autour
Au matin le soleil de novembre revenu,
Lâcher-prise
Basculer.
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jeudi, 16 novembre 2006
Juste un petit moment
Comme un oiseau du ciel
A s’envoler
Elle tourne, elle tourne, petite toupie
Et ses mèches papillonnent
Et son rire ascendant
Au coucher du soleil
Elle rentre à la maison.
.
Il n’y a pas d’école demain
Le cartable léger
Comme un été indien.
.
Et puis, au soir, en sourires,
La tête posée loin au bord du fauteuil
Les deux pieds en équilibre sur le bout de la petite table basse
Allongée ainsi entre deux eaux
Le corps cambré
Et alors, flotter, léviter
Le regard vers le ciel
Et toujours ce fou rire…
.
Il n’y a pas d’école demain
Le cartable léger
Comme un été indien.
00:20 Publié dans Outremer | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poesie
lundi, 06 novembre 2006
Ce bleu, exactement.
Un pur ciel d’automne alpin, ce matin.
Le froid revenu lui a rendu ce bleu presque marine et de brutales transparences.
Rien ne bouge.
Gouttes de rosée figées au fil des brins d’herbe.
Un temps immobile, déployé.
Et puis, soudain, je marche sur les plateaux,
La neige amoncelée jusqu’aux toits pentus des chalets isolés
Quelques piquets de bois délimitant les pâturages d’été surnagent à grand peine
Aux branches des arbres noircis, trois petites
Feuilles recroquevillées
Taches jaunes
Comme une anachronie dans ce temps d’hiver figé
Au loin, les hauts sommets bleuis de glace
Et ce ciel d'outremer, inconcevable
Un ciel d’ailleurs
Comme apposé.
.
Et puis, le plaid en mohair a glissé jusqu’au sol,
J’ai eu froid
Allongée, immobile, dans ce grand salon trop blanc.
00:40 Publié dans Outremer | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poésie
samedi, 28 octobre 2006
Message personnel
(Puisque ce soir, je ne serai pas là…)
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Il faudrait pouvoir graver toutes les raisons qui font
Qu’il y a chaque jour un peu de toi
Qui résonne en nous
Qui chemine dans nos cœurs
Même si nous sommes loin désormais.
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Les rats des bords de Saône,Et les péniches,
Les lumignons des prisons de Lyon,
.
Le plus important surtout :
Le courage et l’amour
Et ce petit (gros) grain de folie
Qui fait de toi une femme debout
Malgré tout.
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Tout ce qui fait que nous t’aimons
Et qui ne sait pas s’écrire
00:15 Publié dans Outremer | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poésie



