lundi, 18 décembre 2006

Comment n’as-tu pas peur ?

medium_album_thumb.jpg Comment n’as-tu pas peur d’ainsi prendre ma main ?

La peau d’éléphant qui recouvre mon cœur

Par endroit en crevasses se fend

Laisse échapper les mots

Ensevelis par des années de squames.

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Comment n’as-tu pas peur d’ainsi marcher à mes côtés au bord du précipice ?

J’ai le vertige parfois

Et la tête à plonger

Au fond du gouffre tâter enfin du néant

Ridicule qui nous attend là-bas.

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Comment n’as-tu pas peur d’ainsi contempler les peurs qui me rongent ?

Les oiseaux dans la cave

Et les rats sur le toit

Le vieil homme de la rue Noire

Et les stigmates de l’exil.

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Tu attends l’éclaircie, le soleil et le sel qui soignent la peau, les chalets de montagne, les chemins de halage, les vagues à l’océan, et les nuits de silence serein, tendu comme un ciel de lit.

vendredi, 15 décembre 2006

Bourdon

medium_bourdon.gif Au loin, c’est le bourdon qui pleure de sa voix de basse

Etouffée par la brume d’hiver au souffle de glace …

Au loin, c’est le bourdon qui pleure.

Dans le plat paysage ses échos se prolongent, infinis, à demeure.

Mes yeux dans le brouillard ont perdu les faîtages comme leurs ombres

Mes mains en déshérence caressent une branche humide et sombre,

Dénudée.

C’est un clocher.

Un clocher au bourdon fêlé.

lundi, 04 décembre 2006

Avent

medium_calendrier-avent.jpg Et je croyais vraiment qu’alors, le monde serait différent. C’était décembre, et tout sentait l’approche de Noël. Sur la grande place du marché, les étals regorgeaient d’oranges et de papillotes dorées. Nous choisissions de nouvelles guirlandes, les rues sentaient les braseros, nous attendions la neige…

Au soir du huit décembre, fête des lumières, venaient les lumignons sur chaque fenêtre, luminuscules étoiles dans la nuit froide.

Et je croyais vraiment qu’avec un sapin de Noël et des flocons de neige, le monde serait plus beau.

Et puis, j’ai du grandir.

Sans pouvoir jamais m’empêcher d’attendre encore, comme si Noël …

Alors, avec l’attente, est venue la peur.

Celle de savoir déjà qu’avec le sapin et la neige ne viendrait rien qu’un monde ancien.

Celle des lendemains de fête.

La gueule de bois…

samedi, 11 novembre 2006

Terres Froides.

medium_e0052044_094521.jpg

Gris plomb.

Les nuages amarrés aux pentes des toits

Ardoises luisantes de pluie

Et les reflets d’argent du jour trop pâle…

 

Ici, les petites filles enchaînent les cadavres exquis

Gâteau d’anniversaire chocolat sucre glace,

Bonbons acidulés, boissons gazeuses, couleurs vives.

Au dehors, elles ont cantonné le gris

La pluie est au jardin.

 

Là-bas, le rideau s’est refermé sur les Terres Froides

Vingt ans de détention.

D’une vie, la chute, la fin de l’histoire,

Le point final

La sentence.

 

La pluie parvient ainsi à pleuvoir au dedans

Les nuages gris, perler autour des regards,

Noyer les visages

Agglomérer les idées sombres.

 

Ils avaient seize ans et la vie devant eux.

Il a tiré cinq fois.

C’est une conclusion absurde comme …

Comme ce rayon de soleil soudain sur la lame du couteau

Et la chaleur rouge, sur la plage…

 

mardi, 31 octobre 2006

Les plages de l’automne

medium_9608.jpg Après cette chanson, les feuilles mortes, le vinyle craque sur une plage rayée, un sillon bloqué ou le saphir s’enferre.

Etourdie par les plaintes lancinantes de ces craquements monotones, je pousse les volets contre la façade fanée de la maison des Sables et je regarde l’océan.

Octobre finit sa course en pente douce, la plage déserte glisse vers la mer grise, étale.

A midi, le soleil a fini par lâcher prise et s’est couvert d’un voile épais.

A la fin, tu ne sais plus ce qui te pénètre ainsi : les embruns, la bruine, la brume, les grains de sable ?

Demain, c’est novembre et le temps recommencé des bottes en caoutchouc et des cirés jaunes le long des grèves ternes.

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J’ai longtemps cherché sur le sable nos dernières empreintes.

Nos rires et nos balades, nos deux mains, nos regards…

Tu sais déjà que je n’ai rien retrouvé.

Tu sais déjà le destin des châteaux de sable.

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Au bar du port, le vieux juke-box enchaîne sur « Aline »,

Et c’est vrai qu’il a tant plu sur cette plage…

Avant l’été, j’aurais pu te le dire, déjà.

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Les plages d’automne sont toujours les plages des souvenirs perdus.

Avides de départ et d’adieux.

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A l’heure d’hiver, la nuit tombe bien vite sur les marées montantes.

J’ai resserré contre moi les pans de mon caban et puis

J’ai tiré les persiennes

Mis le crochet

Fermé la maison des Sables

Volets clos :plages d’automne…

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Pour les impromptus littéraires...

vendredi, 27 octobre 2006

Chronique d’un quartier ordinaire.

medium_roseraie.gif J’arpente encore pour quelques semaines les rues trop rectilignes du quartier où je travaille.

Rues et squares tracés au cordeau entre les barres d’immeubles aux couleurs défraîchies. 

Plaques de béton vert bouteille ou gris souris, roses délavés, balcons encombrés de vieux matelas, boites à chat et serpillières…

Les caravanes, stockées là en attendant l’été, comptent par dizaines les séjours en campings aux Sables, plastiques dépolis et vieillis par les embruns. Les voitures peinent sous des carrosseries ternes et souvent multicolores : capots enfoncés, portes remplacées au petit bonheur la chance ... Des grigris pendent aux rétroviseurs et des boules de bois ornent les sièges côté conducteur. Il ne manque que le chien qui bouge la tête à l’arrière de l’auto…

Les femmes d’ici marchent courbées, tirant sur leur cigarette, qui traînant un caddy écossais, qui poussant un landau que l’on se passe et se repasse de naissance en naissance.

Les femmes d’ici n’appellent pas leurs caleçons des « leggings » ni leurs vêtements démodés des « vintages ». Elles traversent la cité de sorties d’écoles en retour chez soi en passant par la supérette basique du quartier. Corps déformés, alourdis, pas ralentis, cheveux trop colorés, visages trop maquillés.

Les femmes d’ici portent sur elles la fragilité de leurs vies.

Je vais quitter ce quartier bientôt, pour un autre qui lui ressemble, et ou se promèneront les mêmes femmes...

Et il y en a tant d’autres, dans tant d’autres villes et dans tant d’autres pays.

Juste une chronique très ordinaire d’un quartier très ordinaire…

Juste un petit truc inutile, en passant...

jeudi, 28 septembre 2006

La nuit je mens ?

medium_718.jpg Depuis, il ne s’est rien passé ;

Simplement, le temps s’est écoulé

Mes cheveux sont blancs

Ma peau striée de petits cours d’eau

Mes yeux à l'étale,en mers mortes

Au creux de la vague où je dors

Subsiste encore ton écho

Mais la nuit, je ne mens pas

Il ne se passe rien, les heures tournent

Et le matin s’ouvre sur un nouveau jour

A l’orée d’un automne

Biches et poules faisanes sur les chemins de campagne

Nous traverserons un hiver sans neige

Un printemps humide et doux

Un court été

Une maille à l’endroit, une maille à l’envers

J’aurai mille ans demain

Et toujours dans les bottes des montagnes de question...

dimanche, 24 septembre 2006

J’avoue (j’en ai rêvé pas vous ?)

medium_doute.gif De quoi faut-il donc encore rêver ?

D’un monde en sourdine, inachevé ?

D’un sentier dérivé, déclivé, coloré ?

Mic mac enchevêtrés

Fagots liés

Fardeaux plombés

.

Je n’ai pas peur de la route

Je suis juste saisie d’un doute …

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J’ai peut-être un peu perdu mon chemin

Oublié ; refusé de prendre ta main

J’ai regardé, de mon pré, longuement, passer les trains

A toute force, serré les freins

Partie pour un siècle d’airain

Lancinant, toujours le même refrain :

.

Je n’ai pas peur de la route

Je suis juste saisie d’un doute …

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Août, en fugueur narquois, n’a pas pris la pose,

Septembre,tranquille et serein, déchoit les roses

La vie, amère, donne sa leçon de choses

Je n’écris plus en prose

Et comme le calcaire se dépose

Les feuilles jaunissent en chlorose

.

Je n’ai pas peur de la route

Juste : je suis saisie d’un doute…

vendredi, 22 septembre 2006

Ta douleur

medium_brunetcopie.2.jpg J’avais du m’assoupir à peine,

Un temps, baisser la garde

J’étais encore à genoux

Mais déjà mon regard portait au loin

Où l’avait guidé cette douleur si haute

Voir enfin l’horizon par delà les montagnes.

 

Seulement, je suis fatiguée.

J’ai posé la tête au sol

Allongé doucement les bras sur le bitume

Et puis, j’ai fermé les yeux.

Comme la douleur revient,

Et puis la peur aussi

Je crois que je n’attends rien.

...

Pas même l’oubli.

 

Je t’appelle cependant,

Si tu pouvais simplement

Prendre ma main,

Doucement

Pas même me montrer le chemin…

 

(si c'était possible, on pourrait aussi ... cliquer la...)

vendredi, 15 septembre 2006

Brume

medium_village-brume.jpg La brume humide des automnes océaniques

Berce ma campagne ce matin

Là-haut, un soleil rond et pale

Dépourvu de rayons

Se détache, suspendu,

Nu,

Comme une lune blanche

Comme ces jours ou la lune

Ne sait pas encore que la nuit

S’est enfuie

Déjà.

 

La brume, nous l’attendions, bien sur,

Puisqu’elle devait plomber

L’été

Comme chaque septembre,

Pourtant,

Dans les vapeurs de coton

A l’aube,

Nous le cherchons encore,

Etonnés,

Un peu las,

Hébétés.

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