jeudi, 21 décembre 2006
Rive droite, rive gauche
Toute la journée, je cours
Rive droite, rive gauche
Je passe et repasse la Maine.
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Même mollement débordante, la rivière qui se voudrait fleuve
Comme la grenouille bœuf
Se franchit aisément
Un tour de voiture comme un tour de manège
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Rive gauche rive droite
Au long du fleuve tourmenté
J’entame une longue traversée
Pas de pont, pas de barque
Pied à pied contre le courant qui m’emporte
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Demain, je passe rive droite
Juste : éviter les récifs, les cascades, les trous d’eau
Me laisser porter
Les yeux rivés là-haut
Le regard au loin par-delà l’horizon…
00:10 Publié dans Gris clair | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poésie
jeudi, 14 décembre 2006
De guerre lasse…
A viser l’éternelle cible
Le mot juste.
Celui dont on sait pertinemment qu’il n’existe pas.
Et dans le néant,
Persévérer.
Chercher le mot qui manque,
Le mot parfait,
Juste ce mot là.
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Et puis, un jour, de guerre lasse
Prendre le chemin
Des mots qui passent …
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lundi, 11 décembre 2006
Givrés.
Il a plu des étoiles cette nuit
Elles argentent les toits d’ardoises
Et emprisonnent d’une gangue glacée
Les roseaux de la mare.
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Les enfants ont décoré le haut sapin et, entre chien et loup, les lucioles scintillent encore. On aura oublié de les éteindre…
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C’est un long dimanche de petits riens.
Un dimanche en creux
Un dimanche à jeter quelques vœux
En l’air
Espérant qu’en cristaux étoilés
Ils retombent
Et de reflets argentés
Ravissent nos pensées
Givrées.
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samedi, 09 décembre 2006
Many rivers to cross…
La musique d’abord.
« Many rivers to cross
And it's only my will that keeps me alive”
Cette chanson trop sucrée remontée du fin fond de ma boite à musique… oubliée, classée.
Resurgie soudain : aujourd’hui c’est hier…
Des trois bars de la place du village, je choisis le plus moderne : devanture de plastique orange vif et plaques argentées imitation inox.
Et puis, parfois il y a Corinne, et tous ceux du disco-mobile du village d’à côté. La nuit dernière, nous étions tous là-bas, à enchainer les slows dans le préfabriqué sur roulettes qui tient lieu de bal de campagne version boule à paillettes et stroboscope.
L’après bal, c’est ici.
Quoi qu’il en soit, ici ou ailleurs, rien ne se passe. Jamais.
Aujourd’hui, il n’y a personne.
« Many rivers to cross » …
J’ouvre grand la porte, et repliée sur le trottoir, les genoux collés sous le menton, je laisse la chanson guimauve envahir la place…
Le soleil et la chaleur, et toutes les odeurs qui remontent : celles d’hier, tournées déjà, saumâtres et concentrées.
Le soleil et la chaleur, ces odeurs trop fortes, la musique en rengaine, et puis, la solitude et les mots barricades
Un juke box et j’ai seize ans, j’ai seize ans à peine, à bien y réfléchir …
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Photo volée chez porte-paroles, sans son aimable autorisation ...
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vendredi, 08 décembre 2006
Fête des lumières
Ce soir, je chausse mes bottes de sept lieux, et je m’en vais là-bas.
Ce soir, nous dînerons sur la place Antonin Poncet.
Il fera froid, bien-sûr, un froid de décembre, brûlant mordant, un de ses froids vivant qui rend les lumières tellement plus chaudes…
Je sais qu’il fait encore doux ce matin, trop doux pour un mois de décembre, mais tu verras, ce soir, il fera froid, quelques degrés en dessous de zéro.
Lorsque nous sortirons du restaurant, vaguement ivres, les premiers flocons se mêleront aux éclats fragiles des lumignons, et la roue de lumière qui tourne, et nos têtes qui tournent, et les flocons qui dansent …
A travers la foule, il faudra se frayer un chemin prudent, le nez en l’air, parsemés d’éclats colorés, les yeux étoilés, les cheveux emmêlés, les rires enchevêtrés…
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Est-ce que tu viens, si je te le demande ?
Est-ce que tu viens, de Belgique ou d’Alsace, d’Avignon ou d’Iowa ?
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Est-ce que tu viens, si je te le demande ?
C’est bien moins loin pour toi, c’est presque tout à côté.
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Oh, j’ai perdu mes bottes de sept lieux… Je serai en retard, d’un an, peut-être deux .
Elle doit être belle, la ville ce soir, vous me raconterez ?
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dimanche, 03 décembre 2006
Paris Strasbourg
Un quai de gare, un soir d’hiver
Laisser derrière soi les illuminations de la ville, l’odeur des marrons chauds, les cabanes de bois et leur odeur de pain d’épice, l’attente de la neige qui viendrait dire Noël…
Les quais de départ sont toujours gris : jamais la ville n’y pénètre.
Partir à contre-corps et les mains dans les poches pour ne pas être tenté encore d’accrocher d’autres mains.
Salle des pas perdus, mêlé à la foule des nombreux n’être plus qu’un voyageur.
Un sans valise, un sans paquet…
A contre-corps, embarquer son désir contraire
A contre-jour, s’enfuir de nuit
A contre-vers, couler les mots du quotidien :
Quai 12, voie A, attention ce train ne dessert pas la gare de Plaisir
A chaque départ, un retour
A chaque baiser, un adieu.
16:25 Publié dans Gris clair | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, poesie
lundi, 27 novembre 2006
Au bord de ses envies.
On devrait se jeter à l'eau.
D'envie
Ne pas rester ainsi, assis au bord de l'eau,
Au bord de ses envies
Assis sur les bords de la vie
A regarder couler le flot
Des autres
Au matin, jeter sur son visage une eau glacée
Pour, cinq minutes, se sentir vivant et puis
Les gestes rituels
Café noir
Et boulot
Un matin, se jeter à l'eau
Au fil de ses envies.
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samedi, 25 novembre 2006
37°2 le matin.
Tramontane. J'ai oublié la tramontane. Elle a resurgi ce matin avec ce vent qui rend fou. Celui qui pleure, plaque vos vêtements d'automne sur un ventre creux.
La tramontane est revenue. Et les pilotis des maisons de la plage. Le sable cinglant en longs tourbillons hurlants qui rend la mer inaccessible.
Un été dos à la mer.
En boule, sur la terrasse de la maison de bois, sur l'arrière, là où meurt la tramontane à bout de souffle fracassée par la façade qui regarde le large. L'enfant qui grandit dans mon ventre n'entend rien des pleurs et des cris du vent. Il sait pourtant déjà l'absence et le silence, dos à la mer...
Et le soleil, pourtant, et le soleil, pourtant ...
17:55 Publié dans Gris clair | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : écriture, poésie
jeudi, 23 novembre 2006
Les fêtes foraines
Juste : un petit grain de sable
Un vinyle qui s’enraye
Et ce craquement répété
Sur la même syllabe
Encore et toujours la même syllabe
Le temps qui s’arrête…
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Rose des vents
Et
Changement de cap
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Partager ce goût commun pour les grandes illusions
Et l’évaporation
Les fêtes foraines
Et l’éphémère.
00:05 Publié dans Gris clair | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, poesie
samedi, 04 novembre 2006
Pour que le temps dure longtemps…
La froidure, un matin, a recouvert nos nuques
Echarpe de brume glacée
Gangue de brouillard épais
Doigts gourds
Le poids des paupières collées
Les orbites pesantes
Comme une grande fatigue
Les mots si lourds,
Gris toujours,
Englués.
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Oubliées les bottes de sept lieux et les chaussures ailées.
Rien pourtant. Il ne s’est rien passé ce matin là.
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Ailleurs, sur la terrasse
Le soleil de novembre
Pâle et tendre
Grapille les derniers grains de raisin oubliés aux grappes
Ridés et confits
Perlant en goutte de sucre
Délaissées des oiseaux
Envolées rouges de l’érable du jardin
Trainées jaunes des peupliers plus lointains
La grande maison perdue au milieu de nulle part
Où graver des mots nouveaux, des mots jeunes, des mots légers.
Et dans mes pas, vous emmener…
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