mardi, 12 décembre 2006

Le monologue de Chrétien de Troyes

medium_erecyenide.jpg Si je savais où il est !

Oui, si je savais où il est, je pourrais enfin en finir avec cette histoire !

Neuf mille vers et cinq longues années d’errance et de recherches… Que faire désormais de ce pauvre Perceval ?

Je suis las des forêts, des duels, des gentes dames …

Las de ce mystère.

Vraiment, la coupe est pleine.

Hé, toi, lecteur, tu crois vraiment en son pouvoir ? Tu penses vraiment qu’il aurait eu le pouvoir de guérir le roi blessé ? Qu’il aurait eu le pouvoir d’apaiser les plaies de ce monde ?

Tu le crois vraiment ?

Mais, je ne sais pas où il est. Et je me demande simplement comment je vais pouvoir en finir avec cette histoire.

Et puis, va, je ne finirai pas !

Et je te parie qu’ils seront des milliers ensuite à le chercher, pour les siècles des siècles…

Comment veux-tu que je sache où il est ?

Il est sorti de mon imagination voici près de neuf mille vers.

Las, je ne sais plus où aller désormais.

Et puis, la fatigue me prend.

Déjà, mes yeux se voilent.

Il est trop tard.

Je ne finirai pas cette histoire

.

Pour les impromptus littéraires ; thème : "si je savais où il est!"

jeudi, 30 novembre 2006

Vous reprendrez bien quelques mots ?

medium_b_je.jpgLe mot de l'enfance jongle et se distord

A le répéter inlassablement, à le mastiquer,

Il n'a pas plus de sens que d'objet

Le mot est vide

Il est syllabes vaines rebondissantes

Il est son, écho, ping pong.

 

Ensuite, les mots s'enchainent

En discours

Pas même le jeu des sonorités : rien.

 

Et puis, le mot se terre

En silences bavards

Il fait grand jour

Il est déjà bien tard ; le moment du mot le plus triste :

Impossible.

 

Alors, le mot surprend la nuit 

La berce de voiles légers,

de mots tendres,

Dans un souffle de verre :

 

Tu m'as manqué, tu sais ? 

 

mardi, 28 novembre 2006

Il faut se méfier des mots...

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J’ai fait un rêve, un drôle de rêve :

J’avais dans la nuit deux cent mots à avaler.

Pas un de plus, pas un de moins.

C’était les mots de mes vieilles amarres qu’il me fallait un à un dévorer si je voulais quitter le port.

Mais les mots se jouaient de moi.

Lapsus calami sur lapsus calami, sans cesse l’un pour l’autre.

Les consonnes doubles disparaissaient et en voulant embrasser, ma bouche s’embrasait,

Je pleurais ce brasier et de mes larmes naissaient des baisers.

Tous mes mots, maudits mots, maux dits mots s’en mêlaient, s’emmêlaient à chaque coin de langue.

De les cracher, les expulser j’étais tentée, mais je devais au contraire les contraindre, les mâchonner…

J’ai donc du me baillonner, mais c’est qu’à force, tous ces mots finissaient par me ballonner.

Je craignais l’indigestion, voire même, la pire des constipations.

Le serpent avalé, surgissait la couleuvre, bien plus longue et plus grasse, sans compter tous ces mots savants qui sont vraiment très indigestes !

Essayez donc d’avaler l’hypothalamus sans oublier un seul " h ", ni bien sûr sans le hacher en petits menus morceaux !

Au matin, écoeurée, j’ai vomi ce petit texte, c’est sorti tout seul…

Pour les impromptus littéraires : thème "jai fait un rêve en 200 mots"

dimanche, 19 novembre 2006

Tout va bien.

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J’entrouvre d’abord un œil

Puis l’autre.

Le soleil parvient jusque là.

Ensuite, je soulève lentement ma tête du sol, et m’appuyant sur l’avant-bras, je redresse le buste.

Me voilà assise.

Bien, jusqu’ici, tout va bien.

Je regarde mes mains

J’écarte mes doigts, un à un

Je fais jouer chaque articulation, lentement.

Oui, tout va bien.

La terre est encore là.

Elle tourne encore.

Je replie le genoux droit, le pied posé bien à plat sur le sol. Je pousse simplement sur la jambe droite, et

Me voilà debout.

Tout va bien.

Je suis debout.

Je regarde au loin, droit devant.

Je tente un pas, encore un autre, doucement tout de même, doucement…

Oui, tout va bien.

Je passe la main dans mes cheveux.

Je touche le bout de mon nez, glisse index et majeurs sous mes yeux, en virgule, termine les paumes en coupe, de chaque côté du visage...

Un peu décontenancée, à peine.

Bien, jusque là tout va bien. Amen.

 

 

samedi, 18 novembre 2006

L’instant « T »

medium_8211716_p.jpg A la croisée des chemins, à grands pas, je m’éloigne.

Maintenant, c’est décidé, j’avance, droit devant moi.

A droite comme à gauche, j’ignore les grandes avenues qui semblent si bien tracées, les petites pistes sinueuses, les vertes prairies : sur le pavage, comme sur un fil, en droite ligne, je marche.

Un pied devant l’autre : assurément si je ne glisse pas, j’irais au bout du chemin.

Me revoilà petite fille, bras écartés, en équilibre sur le rebord du trottoir.

Pensée magique : si je ne tombe pas, j’aurais devant moi toutes les portes ouvertes et tous les cadeaux du ciel.

.

Hier encore, j’étais au carrefour, arrêtée, hésitante.

Et puis, je me souviens de cette minute précisément, cette minute où tout a basculé.

L’instant du choix.

Le moment magique.

Choisir, c’est renoncer.

Poser son paquet au sol, l’abandonner.

A la seconde suivante, tout est si clair et si léger !

J’avance.

Je m’en fiche.

.

Désormais, c’est son problème, plus le mien.

.

Pour paroles plurielles, consigne 34

samedi, 21 octobre 2006

Une vie

medium_7541571_p.jpg Du bourg, je suis le notaire.

Ici, notablement, s’écoule ma respectable vie.

Aujourd’hui, maman est morte.

Ceci n’a rien de surprenant. C’est le cours normal des choses et tout est bien comme il se doit d’être.

Les quelques bagages qui nous accompagnent sont précisément conçus pour contenir le nécessaire pour ces quelques jours de formalités à accomplir.

C’est que maman avait choisi de finir ses vieux jours près de Menton, dans une très belle résidence pour personnes âgées.

Nous allons donc la chercher pour l'enterrer au bourg et puis, déménager son petit appartement.

J’ai une famille, comme il se doit.

Hector sera notaire, c’est à lui qu’appartiendra la charge, Elise épousera l’aîné du comte, oui, ainsi soit-il…

Mon épouse m’accompagne aussi, il doit en être ainsi, même si, entre maman et elle, les choses n’ont jamais été faciles.

Je vois bien vos petits sourires un peu moqueurs et vos regards surpris !

J’en ai l’habitude.

Pourtant, il me semble aujourd’hui être comme statufié, comme un peu exposé aux vitrines d’un musée ; ou bien, pâte à sel, comme le jouet d’un petit enfant…

Cela cessera, bien sur : je ne suis pas homme à douter, et c’est ainsi que les choses doivent s’enchaîner.

Et demain, mes enfants, à leur tour, m’accompagneront jusqu’à ma dernière demeure.

.

Pour paroles plurielles, consigne 32.

vendredi, 20 octobre 2006

Celui de Saint Florent le Vieil

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Il a bien raison, celui de Saint Florent le Vieil…

C’est une curieuse ville que cette ville,

Belle et lisse

De la rue des Lices

Aux berges de la Maine

Et son étrange château d’ardoise comme à peine démoulé du seau de sable d’un petit enfant.

Elle étale en bord de préfecture ses jardins cossus aux larges allées, déploie le tuffeau blanc, les pas japonais, les massifs d’azalées et de rhododendrons luxuriants au musée des beaux-arts

Mais ferme sur son chemin, par de lourds portails, la vue sur ses maisons bourgeoises cossues.

La discrète semble conçue pour de douces retraites, cernées de fermes horticoles, de vignes en pente douce, de carrés de pommiers.

Et puis, surtout, la voilà qui tourne résolument le dos à la Loire, et se réfugie au long d’une large rivière qui n’est qu’un très court affluent et meurt dès les premiers faubourgs…

dimanche, 15 octobre 2006

Saint Laud - Montparnasse…

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Une heure et demie de mon temps.

A vingt minutes, c’est la Sarthe :

Vert.

Plate campagne simplement brisée par les pylones réguliers des lignes à haute tension.

Rouge :

Les toits de tuile revenus, posés sur l’ocre des longères.

En flèche : peupleraies à peine jaunies.

Joye, à quoi ressemble ta campagne d’Iowa ?

Silos à grain : élevages de volailles en plein champ

Poulets fermiers de la Sarthe.

Etangs curieusement rectangulaires : artificiels, creusés à main d’homme.

Troupeaux blancs de vaches SNCF.

Moutons à tête noire, citernes et abreuvoirs, tracteur orange, seventies.

Bouleaux alignés au long de la Sarthe endormie :

Vert glauque.

Lentilles d’eau.

Lotissements, comme partout : petites maisons banales, carrées, peinture trop jaune, toits trop rouges…

Un contrôleur et des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous !

Banlieue du Mans

Sauf si Le Mans est une banlieue…

En ville, de nouveau, les toits sont noirs et les immeubles, gris et ternes qui longent la gare ressemblent aux immeubles qui bordent toutes les gares de France.

Et de Belgique aussi ?

Trente minutes.

Pas d’arrêt en gare du Mans.

" Il est midi et quart quand j’écris ce con de texte "…

Dans les maisons, des hommes et des femmes déjeunent, les enfants sont rentrés de l’école.

Je traverse, en transit.

Des caravanes et des pins, des gens du voyage, comme nous.

Le bar sur le quai a pour enseigne "le train de vie "

A midi vingt, je glisse déjà vers l’Ile de France.

vendredi, 06 octobre 2006

Comme une fissure…

medium_fissure.jpg A l’heure du déjeuner, et comme plus personne n’y croyait, les pluies ont quitté l’ouest pour aller se répandre ailleurs.

D’ouest en est, comme toujours les masses nuageuses sur la France.

Et le ciel, simplement, est redevenu bleu.

Et le soleil, simplement, a envahi nos bureaux, dardé ses rayons sur les écrans de nos postes.

Tous alors, comme un seul homme, avons levé le nez, et, simplement, souri au soleil de ce jour.

Les locaux, tout soudain, étaient vides. Tous étaient dehors, à marcher le long des berges de la Maine, lentement, épousant la droite ligne de cette large rivière qui se donne des allures de fleuve alangui.

Il n’y avait plus de chômage, de toute façon, plus de chômeurs non plus, tous étaient désormais occupés à cueillir les fruits du vent, de la terre et du ciel…

Ainsi l’avait bien dit notre gouvernement.

Alors, nous sommes partis loin devant, laissant les bureaux vides et les portes ouvertes, hébétés mais ravis.

.

            Et ensuite ?

Oh, je ne sais plus trop… je suppose que le vent a du tourner…

Enfin, bref, il s’est remis à pleuvoir ; de l’eau ; et des chômeurs aussi …

.

            Alors ?

Alors, j’ai repris mon crayon de bois et puis, j’ai raconté n’importe quoi. 

 

Illustration : Michelle L.Gerst , fissure.

 

dimanche, 01 octobre 2006

Nicolas, je l’aime !

medium_6943360_p.jpg Je ne l’aime pas, mais tant pis.

Puisque Nicolas semble si fier de me voir partir, je vais y aller.

Pourtant, celui que j’aime, c’est Nicolas.

Je serais volontiers resté toute ma vie entre ses mains.

Toute ma vie à vibrer sous ses caresses, à entendre le son de sa voix bercer mes notes d’acajou…

 L’autre, il a de grandes mains rêches et rugueuses, des gestes rapides et conquérants…

Mais, Nicolas dit que c’est le meilleur violoniste qu’il n’ait jamais connu. Qu’entre les mains de cet homme, je donnerai le meilleur de moi-même…

Il est si fier de moi, Nicolas !

Il faut vous dire qu’il en a passé, des heures à m’imaginer, me concevoir, me penser, me contourner, me fignoler

Nicolas dit toujours que je suis son plus beau violon !

Alors, je ne l’aime pas du tout, tant pis, je vais y aller quand même, par amour pour mon luthier.

 

Pour paroles plurielles.

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