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samedi, 30 septembre 2006

00W44 / 47N31

medium_images.5.jpg Je suis assise là, à soixante six petits mètres au dessus du niveau de la mer, à tremper ma plume dans l’encre bleue …

Mais le soir, je n’ai vu que du vert.

Sous la haute cathédrale des arbres bordant la petite départementale sinueuse qui rejoint le village, une pluie d’orage s’est déversée, lavant les chemins et les champs.

La boue des sentiers, les mottes de terre grasse des prés alentour se répandent en rigoles pressées sur le goudron défoncé.

Sous le plafond de la haute cathédrale verte, la lumière baisse soudain, prenant des teintes marbrées, des éclats jaunes opaques, souffrés, et l’air plombé devient oppressant comme une éclipse.

A la sortie du bois, l’averse est déjà tarie et le ciel gris plomb vire au tourterelle ; se lézarde en trainées bleues pales, en gouttes claires et hautes, les arbres desserrent leur étreinte  :

Soixante six petits mètres d’altitude …

Ces eaux la auront tôt fait de rejoindre l’océan,

La mer en pente douce …

.

Illustration : Malinowski cathédrale verte.

vendredi, 29 septembre 2006

Le chien mouillé

medium_miossec.jpg "En silence en silence

Comme pour mieux m’égarer

Pour ne pas te donner la chance…

Ce qui palpite au fond de moi de toute façon c’est embrouillé…

Et puis ça sent le chien mouillé"…

.

Le temps d’apprendre à dire, il est trop tard

Le temps d’apprendre à vivre …

Et puis, ça peut aussi sentir la poudre, et de toute façon, ce n’est déjà plus vraiment ça.

L’idée, confuse, a du germer ailleurs

Celle-ci papillonne

S’envole

Se déforme

Métamorphose

S’amplifie

J’abrite un monstre polymorphe, un Barbatruc mieux vaut le taire

.

Les yeux dans le vague, voilà que je regarde au loin

Nulle part fixement regard vide

Là-haut peut-être ?

La lourde chape rosée de tous nos désirs enfuis

La somme de millions de désirs évaporés dissipés

Juste : éteints.

Ne secouez pas les hommes : ils sont pleins de larmes

Et je les vois

Si seuls

On en meurt...

jeudi, 28 septembre 2006

La nuit je mens ?

medium_718.jpg Depuis, il ne s’est rien passé ;

Simplement, le temps s’est écoulé

Mes cheveux sont blancs

Ma peau striée de petits cours d’eau

Mes yeux à l'étale,en mers mortes

Au creux de la vague où je dors

Subsiste encore ton écho

Mais la nuit, je ne mens pas

Il ne se passe rien, les heures tournent

Et le matin s’ouvre sur un nouveau jour

A l’orée d’un automne

Biches et poules faisanes sur les chemins de campagne

Nous traverserons un hiver sans neige

Un printemps humide et doux

Un court été

Une maille à l’endroit, une maille à l’envers

J’aurai mille ans demain

Et toujours dans les bottes des montagnes de question...

mercredi, 27 septembre 2006

Le secret se dévoile.

C’était une nuit d’été, medium_images.4.jpg

Une de ces nuits collante et lourde ou les souffles restent suspendus,

Fragiles, si près de la ligne de chute…

.

Assoupie, je n’ai pas compris qu’un orage arrivait

A quelques petites heures du matin, le ciel s’est déchiré sur des voiles lacérés.

.

Le voilà tout nu, ton pauvre petit secret.

Tout nu et si banal.

Laid et difforme, minuscule secret d’alcôve

Gris souris du commun des communs

Bête et emprunté, trop bien partagé.

.

Tu ne peux pas le reprendre désormais

Plus jamais le recouvrir

Voilà qu’il ne t’appartient plus

Tu ne savais comment le porter, alors, tu as fini par le lâcher.

.

Tu es soulagé

Tu n’as plus de secret.

Maintenant, ce vilain secret tout nu coule dans mes veines,

Ronge mes sangs, grignote mes jours et mes nuits.

.

Que ne peux-tu le reprendre et le taire à nouveau ?

Le parer de tous ses ors

L’enfouir, l’omettre, l’assujettir

D’un gisant cette nuit, tu as fait un géant.

 

Pour Coïtus

mardi, 26 septembre 2006

Colchiques

medium_illustration.jpg Les colchiques ont refleuri

.

Tendres et désuets, au pied des barres d’immeubles.

Il n’y a pas de roses à La Roseraie.

Il y a les clochettes mauves, délavées, des colchiques

Incongrues, dissonantes,

Si belles, alors

Rescapées sous les arbres survivants de l’ancien faubourg

Colchiques des villes

Enserrés derrière les mailles rapprochées des grillages rigides

Pas de vache ici pour s’en empoisonner

.

Du bureau, je pourrais tendre la main

Cueillir un improbable colchique

Seulement,

De mon étage là-haut,

Me voilà tout aussi grillagée que les fleurs de mirage

En haut de mon phare mirador

Déconnectée

.

Colchiques fantômes , la clé des songes ?

 

lundi, 25 septembre 2006

La vie est un long dimanche.

medium_CAIJK345.jpg A s’asseoir sur ce banc, tout au bout du village

Et sentir dans nos dos la masse lourde des bâtisses

Le rectangle trapu de la vieille mairie blottie tout contre l’église massive

Et les toits d’ardoises gris de plomb

Aux outrages du temps

Par-dessus les grands arbres du château

Un vol de corneilles

Croassements

Cercles et retours

Et droit devant, des champs

Vaches et chevaux,

Murets de pierres sèches brunes et noires

Le ciel par-dessus

Aussi plombé que les ardoises des toits

Et la pluie qui menace mais qui n’arrive pas

Un temps d’attente

Puis, la migraine agrandit tout

L’espace et les sons

Déforme et amplifie les gris

Alors, la vie n'est plus qu'un long dimanche.

dimanche, 24 septembre 2006

J’avoue (j’en ai rêvé pas vous ?)

medium_doute.gif De quoi faut-il donc encore rêver ?

D’un monde en sourdine, inachevé ?

D’un sentier dérivé, déclivé, coloré ?

Mic mac enchevêtrés

Fagots liés

Fardeaux plombés

.

Je n’ai pas peur de la route

Je suis juste saisie d’un doute …

.

J’ai peut-être un peu perdu mon chemin

Oublié ; refusé de prendre ta main

J’ai regardé, de mon pré, longuement, passer les trains

A toute force, serré les freins

Partie pour un siècle d’airain

Lancinant, toujours le même refrain :

.

Je n’ai pas peur de la route

Je suis juste saisie d’un doute …

.

Août, en fugueur narquois, n’a pas pris la pose,

Septembre,tranquille et serein, déchoit les roses

La vie, amère, donne sa leçon de choses

Je n’écris plus en prose

Et comme le calcaire se dépose

Les feuilles jaunissent en chlorose

.

Je n’ai pas peur de la route

Juste : je suis saisie d’un doute…

samedi, 23 septembre 2006

Je ne suis pas ...

 medium_images.3.jpg

Une fois n'est pas coutume : un petit jeu sur une idée trouvée , grâce à Viviane ...

en fond sonore, Léa de Louise Attaque, vous avez l'air ? on y va :

 

Je suis venue pour vous raconter des histoires, et puis des mensonges aussi

Je ne suis pas celle que vous pensez

Je suis partie d'un fil léger que je déroule en douleur

Je ne suis pas certaine de vouloir arriver

Je suis fragile comme le roseau

Je ne suis pas du bois dont on fait les héros

Je suis une valse hésitation

Je ne suis pas sure de savoir ce que je veux

Je suis l'air du temps, l'air de rien

Je ne suis pas monochrome

Je suis volatile, versatile, dispersée,

Je ne suis pas évaporée

Je suis un brouillard léger, un soleil voilé

Je ne suis pas un orage, pas un volcan (enfin, pas souvent...)

Je suis le silence et l'amer

Je ne suis pas des mers du sud

Je suis le silence et le doute ...

 

 Voilà, c'est à vous de continuer ...

 

Je est un autre. ( Kouka Nicoya)

-

Je ne suis pas câlin
Je suis plutôt moi-même
Je ne suis pas féroce
Je suis plutôt fou -et seul dans ma tête-
Je ne suis pas animal -ou lion-
Je suis l'être qui tue et qui explique pourquoi il a tué
Je ne suis pas toi
Je suis son idée. (Stéphane Mettetal)

-

je suis un être humain
je ne suis pas un rocher résistant aux flots
je suis un grain de sable têtu
je ne suis pas résignée
je suis hors de mon je
je ne suis pas ce qui précède (Brigetoun)

-

Je ne suis pas
la foule,
les flèches,
la piste,
le guide.

Je ne suis pas,
c'est hors de
ma compréhension. (Joye)

-

Je suis fatiguée
Je ne suis plus courageuse
Je suis éther
Je ne suis plus moi
Je suis prête à partir
Je ne suis plus ici... (Marie.l)

 

vendredi, 22 septembre 2006

Ta douleur

medium_brunetcopie.2.jpg J’avais du m’assoupir à peine,

Un temps, baisser la garde

J’étais encore à genoux

Mais déjà mon regard portait au loin

Où l’avait guidé cette douleur si haute

Voir enfin l’horizon par delà les montagnes.

 

Seulement, je suis fatiguée.

J’ai posé la tête au sol

Allongé doucement les bras sur le bitume

Et puis, j’ai fermé les yeux.

Comme la douleur revient,

Et puis la peur aussi

Je crois que je n’attends rien.

...

Pas même l’oubli.

 

Je t’appelle cependant,

Si tu pouvais simplement

Prendre ma main,

Doucement

Pas même me montrer le chemin…

 

(si c'était possible, on pourrait aussi ... cliquer la...)

jeudi, 21 septembre 2006

L’avenir n’existe pas… (2)

medium_roselin1.jpg

... A quelques pas derrière moi, un homme est venu s’arrêter, sur la même crête, devant le même océan. Ombre silencieuse, il pense que je ne l’ai pas vu.

Il vient de se poser, comme un moineau sur le pré. Peut-être vient-il de chuter ?

Près de la branche basse dénudée, il laissera des traces légères dans la neige poudrée : il pense qu'il faut toujours laisser des traces...

Sur ma colline, un inconnu s'est assis.

Maintenant, il contemple le temps présent.

Assise là, à regarder, sereine, le temps qui fait naufrage, je me souviens de cette phrase que j’ai lue, il y a si longtemps : même la chute d’un moineau est réglée par la providence.

Alors, je la tourne et la retourne, la répète et la remâche en silence, longtemps, comme si, à remuer les mots, le sens pouvait soudain surgir…

Rien, sauf :

Libellule ou moineau, qui se soucie de nous ?

Chacun s’ignore.

Nul ne pourrait comprendre.

 

Et le reste est silence.

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