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vendredi, 30 juin 2006

Allez viens, dors dans mes bras …

"Et c'est toi que je pleurerai demain quand tu m'auras laissé,
quand tu m'auras repris bien plus que tu m'auras donné." (Mano Solo)

 

medium_manosolo_lesanneessombres.jpg

Bien sûr, il était marié.

Bien sûr, tu le savais dès le premier soir

 

D’ailleurs, jamais il ne s’est engagé à rien

D’ailleurs, il t’a toujours dit qu’il n’était que de passage.

 

Bien sûr, tu ne devrais rien attendre de lui

Bien sûr, tu devrais te contenter du peu qu’il t’offrirait.

 

D’ailleurs, ce fut vite confirmé

D’ailleurs, tu ne l’avais à toi que quelques midis et quelques soirées sporadiques.

 

Mais bien sûr, l’histoire était si jolie

Mais bien sûr, elle a duré plus d’une année et toi, tu l’attendais.

 

D’ailleurs, tu étais libre, toi

D’ailleurs, forcément, tu l’aimais

 

Mais bien sûr, il t’a toujours dit qu’il l’aimait, elle, et sa famille aussi

Mais bien sûr, tu ne pouvais t’empêcher de penser qu’il t’aimait un peu…

 

D’ailleurs, il y avait le désir qui vous emportait si loin

D’ailleurs, vous aimiez tant faire l’amour ensemble et ...

(dans « faire l’amour », il y a « amour », non ?)

 

Mais bien sûr, un jour, c’est elle qui attend un enfant de lui

Mais bien sûr, ce jour là, il va vraiment te quitter.

 

D’ailleurs, jamais il ne s’est engagé à rien

D’ailleurs, jamais il ne t’a dit qu’il ne l’aimait plus, elle.

 

Mais bien sûr, tu ne l’as jamais vraiment cru

Mais bien sûr, tu as longtemps pleuré.

 

Aujourd’hui, tu te demandes parfois s’il pensait à toi quand il lui faisait l’amour

Aujourd’hui, tu te demandes parfois s’il pense encore à toi, parfois, en lui faisant l’amour …

 

jeudi, 29 juin 2006

Impression gomme brûlante.

medium_fp2702.jpeg

L’été du Quercy surchauffe le goudron de la terrasse suspendue.

Au dessous, le garage sue la graisse et la ferraille rouillée. La limaille de fer rougie gicle en longues gerbes d’étincelles brûlantes. Il faut s’en éloigner.

Les vapeurs de peinture se distillent dans l’air opaque.

A pieds joints, sauter sur le démonte-pneus pour dégager la jante.

Sortir les boyaux des roues de vélo, les passer gonflés dans une bassine d’eau, chercher les bulles qui trahissent l’air ; l’air qui trahit la déchirure.

Y poser le doigt.

Etaler bien à plat le boyau dégonflé sur l’enclume métallique, coller la rustine.

Les effluves de colle aux relents d’ether se joignent aux solvants de peinture.

Dans la cour, savonner les voitures, les rincer à grande eau, se cacher du soleil pour ne pas qu'elle s’évapore trop vite laissant sur la carrosserie des traces savonneuses.

Dans la remise à l’arrière, escalader les piles de pneus, s’enivrer de leur odeur de gomme imbibée des exhalaisons du marqueur qui griffonne leurs étiquettes vives.

En escaladant, gratter de l’ongle les petits picots de gomme qui  font excroissance.

Se couler à l’intérieur de la pile, descendre tout au fond comme dans un grand puits sombre aux odeurs éthérées…

mercredi, 28 juin 2006

Autoportrait au hérisson.

medium_herisson.3.jpgIl y a parfois des mots qui se glissent sous mes piquants.

Ils atteignent insidieusement la peau de serpent

Qui recouvre mon coeur.

Ils gisent, semblent glisser, forment des gouttes,

S'accumulent.

Ils finissent par s'insinuer dans un repli

Une petite faille, une gerçure, une légère crevasse.

Ils suintent et se mélangent aux humeurs anciennes

Ravivent la bile noire

Les longs échos mélancoliques

Les barques sombres et vides au fil du lac en novembre

Parmi les ajoncs dénudés

Couchés par la Traverse

Alors, je me roule en boule piquante

Au creux d'un rocher sombre

Attendant que s'éloignent les pas du marcheur impudent.

 

(la créature est d'Alexandre Tuis)

 

mardi, 27 juin 2006

Sous les groseilliers jumeaux.

medium_groseillier_a_grappes_a.jpgIl s'appelait Clément, vous n'aviez pas quatre ans, et je vous vois encore cachés en bas du pré, assis sous l'abri des branches basses des groseilliers jumeaux, petite tête rousse, petite tête brune à glaner des secrets.

Il s'appelait Clément, c'était ton amoureux, tu étais son amoureuse et c'était très sérieux, personne n'en aurait pu douter.

Tu as appris à comprendre la maladie de Clément, ne pas le laisser courir trop fort, partager les jeux calmes, assis sous les groseilliers en regardant débouler à vélo les autres gamins du quartier et leurs grands cris joyeux.

Et puis, il a du porter toujours ce petit sac sur son dos qui lui permettait de respirer mieux et aidait son coeur à tenir le rythme. Deux tuyaux transparents pinçaient le bout de son nez.

Tu l'as vu plusieurs fois tomber en plein vol, désarticulé et plus mou qu'une poupée de chiffon, si pâle tout à coup et comme privé de vie. Le Samu traversait la rue de plus en plus souvent, emportant dans la nuit un Clément trop fragile.

Et toi, tu l'attendais.

Un jour, il n'est pas revenu, sa maman a glissé dans son cercueil le petit ours bleu des médecins d'urgence et nous l'avons accompagné, une dernière fois. Tout le village pleurait dans l'église ce jour là, les enfants, les parents, les maîtresses d'école...

Je ne sais pas si tu t'en souviens vraiment...

Clément est blotti quelque part en moi, tout près, avec ses yeux brillants et son petit sourire, il est blotti là, aux côtés d'autres petits garçons, partis plus tôt, aux côtés de Pierre, aux côtés d'Arthur...

Il ne reste plus, au fond du jardin, qu'un seul des groseilliers jumeaux, le second est mort l'été suivant.

lundi, 26 juin 2006

Les rives de l’Elbe.

medium_Dresde.jpeg

Pendant toutes ces années, je suis passée pour folle.

J’aurais vraiment prié pour être folle ; et pour m’être trompée, j’aurais tout donné.

Les réfugiés arrivaient chaque jour par dizaines, les yeux remplis des horreurs de la guerre et posaient leurs espoirs de paix et d’oubli sur les rivages de l’Elbe.

Pendant ce temps, chaque jour, à la charrette à bras si besoin, j’entassais les trésors du château, les toiles de maîtres, et je les charriais un à un hors de la ville, loin.

A Dresde, on se moquait de moi, la folle de conservatrice avec ces idées sombres … Les réfugiés se sentaient à l’abri, la guerre, ici, jamais ne les rejoindrai.

J’aurais vraiment prié pour être folle ; et pour m’être trompée, j’aurais tout donné.

Ne me demandez pas pourquoi, mais je savais. A quoi sert-il de dire ce que l’on sait par force mais que nul ne veut entendre ?

Alors, chaque jour, à la charrette à bras si besoin, je sauvais les trésors du musée de la Florence de l’Elbe.

En janvier 1945, le château était vide, alors, j’ai attendu les avions.

Au matin du 14 février 1945 Dresde n’était plus que ruines fumantes et tas de cendre.

J’aurais vraiment prié pour être folle ; et pour m’être trompée, j’aurais tout donné.

 

Pour Coïtus, thème : prémonition.

dimanche, 25 juin 2006

Les Ponts de Cé

medium_Loire04.jpgJ'ai traversé les Ponts de Cé

C'est là que tout a commencé

 

La nuit sur le lit s'est posée

Le gris des pluies interposé

 

J'ai bu le temps à s'y noyer

Longues brumes déchirées

 

Pays de matins de rosée

Au fleuve argent tourmenté

 

La Loire emporte mes pensées

Et les passants renversés

 

De longs filets or tressés

Mèches de rêves oubliés

 

A la source je suis née, et

J'ai traversé les Ponts de Cé.

 

Texte inspiré par "C" d'Aragon : http://lapoesiequejaime.net/aragon.htm

samedi, 24 juin 2006

L'adieu aux armes.

 

medium_hemingway.jpgComme d'habitude, je vais me coucher.

Comme chaque soir, je m’endors.

Je tombe chaque nuit dans un sommeil comateux : en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je dors.

Je dors et je ne rêve pas.

Je dors et ce soir, j’ai terriblement froid.

Un froid mordant s’infiltre jusqu’au tréfonds de mes os.

Ma peau se tend, se pétrifie, le froid m’enserre la poitrine et m’empêche peu à peu de respirer.

J'ai peur. Quelque chose de noir et de glacial.

Je pense que je crie pourtant tu ne m’entends pas…

Je sens mon corps se raidir et se tétaniser, le moindre de mes muscles, est tendu comme un tambour et me fait souffrir l’enfer.

Voilà, je décolle à un mètre au dessus du lit et je hurle de terreur.

Je me vois là, en bas, et pourtant cette terrible douleur et ce froid de mort ne m’ont jamais quittés.

Mon âme là-haut a tout aussi froid que mon corps là, en bas.

Il n'y aura donc pas de trève, ça ne finira donc jamais.

Cette certitude me lacère plus que la douleur et le froid,

Seule, je meurs de certitude.

Tu te réveilles, tu poses ta main sur mon épaule, tu dis que tout va bien, que c’est un cauchemar.

Tu crois ? 

J'ai froid pourtant ...

vendredi, 23 juin 2006

Les yeux noirs.

Les yeux de ma petite féemedium_Photo_206.jpg

Pourquoi sont-ils si noirs ?

Pour contraindre le miel de ses cheveux à encore plus de feu .

Pour que, cachée dans le sombre,

Elle éclaire ses jours

Pour que, voilée dans la nuit,

Elle puisse voir en paix

Parfois, il fait si sombre ...

Mais le noir de ses yeux renferme l'or du monde.

 

(note inspirée par M, l'original est là

http://ventsetturbulences.hautetfort.com/archive/2006/06/... 

jeudi, 22 juin 2006

A Ostende, ce sera toujours comme à Ostende

medium_P1010002.2.jpgAu fond c'est le gris ouaté qui domine

Au dedans

La plage est longue et humide

Déserte

 

Ostende,

C'est là ou je l'ai connue,

Froide, turbulente, hurlante

Comme ce vent qui balaie

Les plages d'hiver ...

 

Je n'irai jamais à Ostende

Ma vie a perdu ses envies,

Ses fureurs et la contrebande

Des mots que je lègue à Tomi ...

 

Mon épitaphe est ma boutade

Dérisoire comm un' risposte

Dans une triste cavalcade ...

 

   ... D'ailleurs à qui peut-on manquer ?

 

(petit collage des textes et photos de Porte-paroles, Elvire, Joye , Mariel-Tomi)

Ostende.

medium_P1010004.1.jpg"Nos souvenirs

Font des iles flottantes

A Ostende"

Au fond c'est le gris ouaté qui domine

Au dedans

La plage est longue et humide

Déserte

Et les cabanes abandonnées vides

Ouvertes au vent

Les souvenirs s'effilochent

En larmes grises, filets cotoneux

Effrangés

S'accumulent au dedans.

           ... d'ailleurs à qui peut-on manquer ?

 

(photo Porte-paroles, premiers vers d'Alain Bashung, et dernière phrase de Tomi, merci ...)

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