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mercredi, 31 mai 2006

Parlez, parlez dans l'hygiaphone !

medium_Telephone-Crache-Ton-Venin-314887.jpegJ’avais seize ans et le détonateur
Juste à coté du cœur
Pendant que l’antisocial perdait son sang froid
Sur ce premier vinyle tu crachais ton venin
Toutes les écritures de mes amies d’alors
Les filles traçaient des ronds sur les « i »
Plutôt que des points
Comme si elles laissaient une bulle de savon s’envoler
Une fenêtre, une lumière irisée
Plutôt qu’un point fermé, définitif.

Alors, on a vieilli.
Les ronds sur les « i » sont restés sur l’album
J’ai du mal à me souvenir de vos visages disparus confondus
Corinne, Antonella, Isabelle, Anne ou Marion
Vous avez oublié sur la pochette
Les noms de vos amoureux d’alors
Je les ai en dépôt, si jamais un jour, vous les cherchiez…

Alors, tu as vieilli.
Aujourd’hui, je te suis sur toutes les plages du monde
Ou les mômes
Font des signes aux bateaux
Je t’entends dire que voilà, c’est fini,
Je pense que tu as toujours l’air d’un vieil enfant
Que nous n’avons pas tellement changé
Juste adouci nos paroles
Ralenti notre musique
Souri davantage peut-être, avec plus de douceur
Sûrement.

Ce soir, je viens t’entendre, je voulais te le dire.
Nous ne serons pas très nombreux.
Beaucoup avaient seize ans quand tu parlais dans l’hygiaphone.

mardi, 30 mai 2006

Fable africaine pour mes petits ...

medium_urodacus_sp.jpegSur le bord du marigot, un scorpion, affolé par un feu de brousse qui l’accule au bord de l’eau doit passer de l’autre côté sous peine de finir aussi craquant sous la dent qu’une sauterelle grillée…
Malheureusement, le scorpion ne sait pas nager, comme chacun sait.
Arrive alors une grenouille à la recherche de moustiques pour son repas.
Le scorpion l’apercevant voit en elle son sauveur et d’une voie suave lui demande :

- « s’il te plaît, jolie grenouille bien verte, le feu arrive, prends-moi sur ton dos, et fais-moi traverser le marigot avant que je ne grille ! »
- « T’es pas malade ? » répond aussi sec la grenouille, « si je te prends sur mon dos, tu vas me piquer, et hop, au cimetière des grenouilles en direct, sans repasser par la case départ ! Je ne suis pas folle, mon gars ! Faut pas me prendre pour un têtard de trois jours ! »
- « Mais enfin, grenouille, magnifique grenouille, ne sois pas stupide ! Si je te pique, je meurs aussi, je ne te demanderai pas de me tirer du feu pour finir noyé ! je veux juste sauver ma peau, je ne vais pas me suicider dans ce puant de marigot ! »

A force de palabres, et voyant que le feu gagne, la grenouille finit par se raisonner et accepte de laisser le scorpion grimper sur son dos pour traverser le marigot.

Mais voilà qu’au milieu du marais, la grenouille sent sur son dos la brûlure vive et mortelle de la piqûre du scorpion…

- « Tu vois, crie-t-elle dans un dernier souffle, tu m’as piquée, et nous allons mourir tous les deux »
- « Je sais », lui répond le scorpion, « on n’échappe pas à sa nature ».

lundi, 29 mai 2006

^$*Ù!!OO°NINA°OOÙ*$^

medium_Photo_20078.jpegJe me souviens de Perec bien sûr,
Je me souviens de l'automne 1988 et qu'il faisait si chaud
Je me souviens de Mireille Best et de Camille en octobre
Je me souviens des boucles blondes sur le manteau marine dans une rue piétonne
Je me souviens d'une petite fille de 6 ans avec un trop lourd cartable sur le dos
Je me souviens que j’étais triste ce jour là
Je me souviens de Jade et puis de Salomé
Je me souviens d’une maîtresse d’école qui te faisait pleurer
Je me souviens d'un déménagement 10 ans après
Je me souviens des guêpes qui décorèrent tes lèvres
Je me souviens d’une petite fille de douze ans bientôt grande qui se retrouve pourvue d’une sœur et d’un frère tout neufs.
Je me souviens d'un petit gars de 12 ans qui sonne chez nous pour t’apporter une rose
Je me souviens des années collège ou tu venais le soir à pied jusqu’à mon bureau
Je me souviens de Luca un après-midi au bas de l'allée
Je me souviens que la devise du Québec est : « je me souviens »

Je pense que l’an prochain tu seras partie, et que c’est bien ainsi
Je pense que tu es grande maintenant, et sage aussi, et belle encore
Je pense que nous sommes fiers de toi et qu’il est bien de te le dire.

Hiersterday Kodak.


Au septième jour de pluie, de bruines et de fraîcheur persistante, las d’explorer les recoins de la maison, fatigués de nous chamailler et de nous agacer les uns les autres dans ces pièces soudain trop petites, écoeurés des Lego et autres constructions, nous finissions par pousser la porte au coin du salon et gravir l’échelle qui conduit au grenier.
Là, nous déplions l’écran : ramener à l’horizontale la barre métallique, attraper le tissu blanc, le dérouler dans un long sifflement, accrocher là-haut la petite boucle dorée au piton.
L’odeur de vinyle se libère sous les toits.
Il faut ensuite trouver l’oblongue boite jaune du projecteur siglée Kodak que voici sous l’armoire ; l’ouvrir en tirant vers le haut, en extraire le projecteur de métal blanc, le poser sur la table, à bonne hauteur.
Didier appuie sur l’interrupteur et la lampe se met à chauffer, à l’odeur de vinyle s’ajoute maintenant celle de poussière brûlée.
Je sors des boites à chaussures des dizaines de petits boîtiers de diapos, sagement rangées par vagues de deux piles…
Tirer la bobinette et … tirer la tirette, encastrer la diapo, repousser sèchement : « clac ».
Au hasard, une par une, des images de Marrakech avant notre naissance, femmes aux yeux de khôl, la cour de l’usine où je menace d’une raquette de tennis en boyau la tête fragile du petit frère au fond de son landau, là, me voilà a six ans, tirant la queue du chat pendant que Didier lui tient la tête…
Quelques pâtés de sable, mai 1968 à Hyères, les maillots de bain kitsch des années 70, maman encore bien avant dans un transat sous un vieux cerisier.

Les boites sont oubliées quelque part dans un autre grenier, le vieux Kodak a finit par s’éteindre à jamais, vous ne verrez pas sur mon blog de photo « hiersterday », mais j’ai encore en mémoire ces images là et l’odeur particulière de ces journées de pluie.

dimanche, 28 mai 2006

Gnamokodé (bâtard) !

medium_akourouma.jpeg



La mère vieille est morte ce lundi.
La mère vieille en français c’est maman. Je vous mettrai des parenthèses maintenant pour la traduction en français petit Robert ou bien en anglais Harrap’s des mots du camfranglais.
Gnamokodé (bâtard) elle était pas si vieille la mère, on sait pas trop, mais dans les quarante ans. C’est ici chez nous qu’ils ont trouvé le singe du sida gnamakodé ! (je traduis plus)…
Je veux pas cricher (chialer) mais quand même…
On est de l’élobis nous (du ghetto) , ghettosards quoi. On dort avec Christine (on n’a pas le sou, quoi, on est victimes de la "crise économique"), ouais, on a des maux de poches (pareil pas le sou).
Alors quand elle est morte la mère vieille, on a tombé un arbre pour creuser le cercueil et puis on a fait un grand trou dans la terre et voilà.
Fais quoi, fais quoi … (no matter what happens)
Aujourd’hui que je vous parle, c’est le septième jour. Le septième jour c’est celui des funérailles chez nous.
La tradition c’est que maux de poche ou pas, on doit fêter la mère vieille et boire et manger sur sa tombe maintenant.
Il faut se débrer (se débrouiller) même si on n’a pas de do’ (franc cfa) et qu’on n’est pas lourds (wealthy) …
On a apporté le damé (le manger), la chèvre et le manioc, les bananes plantins et puis le boire.
Surtout le boire : les Jean-Paul 1er (la 33 export parce que Jean Paul 1er il a fait 33 jours comme pape), le kwata (le raffia, le vin du pauvre), le matutu (vin de palme) et pour le pire l’odontol (alcool à 90°)…
A la fin, on grignotte sur la tombe les n’granuts (cacahuètes) et les femmes chantent :
- " Paul Biya, où est l’argent ? Mais où est-donc allé l’argent ?
Le macado se brade. Le sel vaut de l’or.
Se brade le manioc alors que la viande de bœuf est intouchable.
La banane se vend mal, la ville de Yaoundé est chère.
Paul Biya, où va l’argent ? Mais où est-donc allé l’argent ?
Qu’as-tu-fais de l’argent ? "

Gnamokodé !

Pour Coïtus, thème " le septième jour " et en hommage à Ahmadou Kourouma et à tous ceux de la-bas.

samedi, 27 mai 2006

Dernière minute !

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Je vois ce ciel à ma fenêtre, soleil d’Anjou, c’est aussi le nom d’une rose orangée.
Le parasol écru attend demain sur la terrasse
Les chaises bistro bleues ont des éclats de rires sur chaque latte
Le hamac est accroché au vent, il soupire lentement
La table de teck blanc grisé s’allonge paresseuse
Le chat finaud s’étire sur la terrasse, se frotte le dos au sol
Au programme de dimanche : journée d’été, enfin.

Photo : ^$*ù!!Oo°NINA°oOù*$^

Je ne dormirai pas !

medium_loup_garou.jpgIl fait si nuit maintenant mais je ne dormirai pas.
Ils m’ont dit que la route serait longue et qu’il fallait que je dorme. Ils se trompent ou bien ils me mentent ?
La route n’est pas longue, et nous ne bougeons pas du tout.
Je sais que c’est pas vrai. Ils veulent me faire croire ça.
On tire le temps et la nuit quelque part, on fait défiler le paysage sous la voiture, mais en vrai, on ne bouge jamais.
Je le sais parce que je vois l’ombre de la dame blanche qui est toujours là sur les bords de la route et qui ne bouge pas.
Elle est venue faire sa gentille, elle me dit des mots doux, elle dit que je suis belle et puis intelligente aussi parce qu’elle veut que je dorme.
Je ne dormirai pas.
J’ai bien compris qu’elle veut que j’abandonne, que j’écoute ses mots et que je ferme les yeux. Mais moi, je sais que derrière il y a le loup.
Le loup, l’autre jour, je l’ai regardé droit dans les yeux.
J’ai vu le loup la première.
Maintenant, il se tait.
Mes frères dorment depuis longtemps, ils ne voient rien eux, leurs jambes m'embètent en plus.
Il faut que j’explique tout ça à papa et à maman, comme ça, je saurai s’ils me mentent ou s’ils ne savent rien.
Je suis fatiguée quand-même.
Je peux dormir un peu je crois, le loup le sait que je l’ai vu la première.
J’ai oublié mon canard bleu chez mamie.
C’est pas grave, demain, elle me l’enverra par la poste, avec un livre de contes…

vendredi, 26 mai 2006

Le parc du Hutreau.

medium_hutreau1.jpegQui m’a dit que le passé s’invitait parfois, nous faisant alors vivre des journées du souvenir que nous commémorons bien seuls ?

Le passé s’invite souvent. C’est sur lui que nous bâtissons. Sur ceux que nous n’avons jamais perdus. Sur ceux qui font partie de nous et qui vivent en nous.

Chaque mercredi soir, je traverse le parc du château. A l’entrée des jardins, à hauteur de la cahute, je porte encore ma fatigue et ma peine, ma faiblesse aussi, mes colères et mes doutes souvent…
Et puis, je remonte les allées pas à pas.

Avril s’enivre du parfum des narcisses blancs qui envahissent le sous-bois, les jasmins d’hiver se sont refermés autour des murs de pierres sèches. Au loin, les briques rouges soulignent les murs de tuffeau clair sous les toits torturés du château XVIII ème. Cachée derrière les buis et les croisillons de la barrière de bois acajou, à l’abri des vieux arbres penchés, la mare ou poules d’eaux et canards veillent sur le temps qui court.

Sur le pré, là au bout, les enfants jouent.
Ne regardez pas le renard qui passe, mais regardez-le quand il est passé …
J’ai trouvé la clé de Saint Georges, je serre les mains de mes deux flamboyants.
A droite, la main est ronde et douce, abandonnée, à gauche, la main est nerveuse et sèche, agrippée.

Leur flot de paroles m’emporte, et avec moi, tous ceux dont je suis mêlée, imprégnée, mélangée.
Nous traversons tous le parc en riant, des fleurs et des oiseaux plein la tête.

jeudi, 25 mai 2006

Aujourd'hui, c'est fermé, alors ...

medium_chomage.gifIl y a un moment que ça me démange de vous parler boulot. Non pas que je veuille piquer le gagne-pain de Thérèse, d’ailleurs, je ne suis pas prof à Mufflins !
Mais voilà, j’ai des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, comme dirait Marie, et c’est même un peu pour ça que je suis payée.

Par avance, je m’excuse auprès de ceux qui ne connaissent pas mon métier…
Mais pour les autres, je vous vois et vous entends toujours et j’ai vécu avec vous cette année de plus, et, pour beaucoup, cette année de trop ou tant de choses ont changé.
Nous vivons un métier passionnant, un métier d’écoute et d’accompagnement, un métier qu’on ne peut exercer sans un minimum de foi, mais pas non plus sans quelques solides remparts derrière lesquels nous abriter. Nous protéger de la misère et de la peur, parfois des larmes et des désespoirs, quelquefois des insultes voire des coups.

Tout ceci, nous savions le faire, sans jamais en attendre de retour, parce qu’il en est ainsi, et parce que, malgré les changements, nous gardions toujours un cap, un objectif, une idée de notre métier.
Aujourd’hui, je vous vois tous fatigués ...

Nous sommes désormais dirigés par coups médiatiques et politiques, les ordres en direct des ministères fleurissent sans cohérence affichée et dans ce bateau franchissant sans gouvernail le cap d’Ouessant, nous tentons de sauver nos âmes.

Il y a quelques jours, nous avons reçu un message de notre directeur général qui s’inquiète de constater dans nos rangs supposés droits et obéissants une forte tendance à la dérive et au louvoiement.

Alors, il me vient un sourire : nous sommes fatigués, mais, nous ne nous sommes peut-être pas encore perdus en route ?

Allez, demain, on y retourne ?

Ordalie ...

medium_bucher-240x274.jpegj'ai pris dans mes bras le feu et j'ai marché neuf pas dans la clairière.
j'ai étendu mes bras, paumes ouvertes.
Ils ont hurlé : sorcière et on finit de me brûler.
Ils étaient désespérés et moi, une hérétique.

Lorsque j'étais petite fille, l'homme désenchanté
a brisé d'un coup de poing ultime mon miroir
je porte maintenant à bout de bras ce miroir brisé
Et à vous autres je demande chaque jour réparation .

Hommes désenchantés vous m'êtes à jamais redevables
vous viendrez dans l'arène attirés par mes chants, vous aurez peur pourtant
Moi, créature sans âme, je serai l'animal et vous serez matadors
vous porterez l'estocade je ne survivrai pas je suis une sorcière.

Ce jeu joué, je demande simplement ceci : combien encore de sorcières vous faudra-t-il brûler avant que de n’admettre qu’il subsiste quelques milliers de nuances entre gris clair et gris foncé ?

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