
Au septième jour de pluie, de bruines et de fraîcheur persistante, las d’explorer les recoins de la maison, fatigués de nous chamailler et de nous agacer les uns les autres dans ces pièces soudain trop petites, écoeurés des Lego et autres constructions, nous finissions par pousser la porte au coin du salon et gravir l’échelle qui conduit au grenier.
Là, nous déplions l’écran : ramener à l’horizontale la barre métallique, attraper le tissu blanc, le dérouler dans un long sifflement, accrocher là-haut la petite boucle dorée au piton.
L’odeur de vinyle se libère sous les toits.
Il faut ensuite trouver l’oblongue boite jaune du projecteur siglée Kodak que voici sous l’armoire ; l’ouvrir en tirant vers le haut, en extraire le projecteur de métal blanc, le poser sur la table, à bonne hauteur.
Didier appuie sur l’interrupteur et la lampe se met à chauffer, à l’odeur de vinyle s’ajoute maintenant celle de poussière brûlée.
Je sors des boites à chaussures des dizaines de petits boîtiers de diapos, sagement rangées par vagues de deux piles…
Tirer la bobinette et … tirer la tirette, encastrer la diapo, repousser sèchement : « clac ».
Au hasard, une par une, des images de Marrakech avant notre naissance, femmes aux yeux de khôl, la cour de l’usine où je menace d’une raquette de tennis en boyau la tête fragile du petit frère au fond de son landau, là, me voilà a six ans, tirant la queue du chat pendant que Didier lui tient la tête…
Quelques pâtés de sable, mai 1968 à Hyères, les maillots de bain kitsch des années 70, maman encore bien avant dans un transat sous un vieux cerisier.
Les boites sont oubliées quelque part dans un autre grenier, le vieux Kodak a finit par s’éteindre à jamais, vous ne verrez pas sur mon blog de photo « hiersterday », mais j’ai encore en mémoire ces images là et l’odeur particulière de ces journées de pluie.




